Par où commencer ?
Arrivée aux Açores impeccable, j'étais bien content de refouler le sol de cet archipel, il faut dire que c'était la destination de notre voyage de noce, il y a 4 ans

donc pour moi, c'est un peu spécial d'y aller
Ils aiment les alfa la bas, je vous avais montré une 156 au parking du super, et même dans les rayons, on retrouve du alfa
Pour rappel, le bateau est un 14m, entièrement fabriqué par mon oncle, à partir d'une coque alu "commandée".
Un travail de titan, mais c'est son 3eme bateau, il commence à avoir l'habitude. On a vu que 2 bateaux alu dits "amateurs" car fabriqués par les gens, les autres sont des bateaux "catalogue". Le truc (quand on a un bateau catalogue), c'est qu'au delà d'avoir un bateau classique non personnalisé, c'est qu'il n'est pas toujours fait pour naviguer dans de mauvaises conditions, alors que certains s'y risquent. La taille du mat, la qualité des winch, la sécurité globale du bateau... etc. A chaque instant le danger est présent et une erreur, une boulette, un truc qui pète, entraine un autre, qui entraine un autre, et qui peu amener à la catastrophe. C'est vraiment ça qui m'a marqué. Etre à l'affut tout le temps, les cordages, les voiles, le vent... Ca et l'impression de vide/calme. J'y reviendrai après.
160m2 de voile environ, une grand voile, un génois, un grand génoir, un gennaker, une trinquette.

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Donc une autre particularité de ce bateau est qu'il n'a pas de quille mais une dérive. La dérive se relève ou s'abaisse à loisir. L'intérêt est que le bateau est d'un silence, d'un confort, d'une stabilité incroyable ! En vent arrière, on remonte la dérive, et le bateau glisse sur les vagues, c'est le pied total. Par contre en près serré, la dérive est un peu limite. Il y a quand même 3m de tiran d'eau. Le fond du bateau est lesté de 2T pour compléter la stabilité qu’offrirait naturellement une quille.
Sur la papier, environ 1500 milles nautiques pour moi (sachant que mon oncle et mon père en auront fait 7000 durant ces 3 mois

)
On pourrait imaginer qu'il suffit de tracer une droite entre les açores et le havre, mais tout est fonction de la météo, que l'on mettait à jour sur le PC, quand on arrivait à capter avec la BLU. C'est pour ça, que sur la carte on voit un changement radical de cap, ça faisait 2 jours qu'on arrivait pas à se connecter, et quand on a réussi, on a vu qu'on allait droit sur une depression, avec des vents à +40 noeuds, et qu'on allait devoir faire du près, non merci donc
On se rend vraiment compte que l'on n'est pas grand chose en mer, tout est dépendant du vent, des courants, des marées, des capacités de l'équipage, et surtout du bateau. Ne pas en être conscient peut être fatal.
A la question "on se baigne en pleine mer ?" la réponse est non pour mon oncle. Il m' raconté des histoires glaciales, où après se faire tracter par le voilier, en remontant, 2 orques sautent gueule ouverte à 3m de lui, où encore un couple annonce au port que leurs 2 enfants se sont faire tuer par un groupe d'orques, alors qu'ils étaient tractés par le voilier, dans un bateau pneumatique... bref, encore une fois, on navigue sur la mer, mais ce n'est pas notre environnement, il faut rester humble et prudent
On était donc 3 à bord, 2 pour faire des quarts de 4h, et le capitaine disponible "tout le temps". Difficile au départ de s'habituer, pendant les quarts, on surveille, on règle, on contrôle, on lit aussi, on note sur le carnet de bord, une fois par heure, un tas d'information pour permettre au suivant de vérifier et ajuster si nécessaire.
Je n'ai pas eu le mal de mer et suis bien content, j'avais fait pas mal de voile, mais uniquement en cotier, jamais au large. A bord, on mange bien et beaucoup, il faut alimenter la machine

, y'avait plusieurs centaines de Kg de bouffe, un très grand frigo, des litres et des litres de bière, de vin, d'alcools en tout genre. La gazinière est montée sur un balancier, ainsi si le bateau gite, elle reste droite. Je me suis vu faire des crèpes, des pizzas... en pleine mer agitée, suréaliste
Chacun sa cabine, mais je les ai toutes testées

en fonction du vent, et de la gite, certaines (notamment celle à l'avant) sont juste un enfer. Une fois, au près, avec de la houle bien comme il faut, j'essayais de dormir dans ma banette à l'avant, à chaque fois que le bateau tapait sur les vagues, je décollait du lit ! mais vraiment, comme un trampoline ... impossible de fermer l'oeil dans ces cas là
Étrange sensation aussi, lors des quarts de nuit. On entend le vent et les vagues, point barre. Aucune lumière polluante, un ciel étoilé de folie, une pleine lune qui éclaire l'horizon, le bateau qui, en passant, active les planctons qui éclairent tout le sillage

c'est top !!!
12 jours en mer, une expérience incroyable pour moi, le fait de voir (déjà sur le GPS) et puis en visuel, qu'on est loin de tout, des jours sans voir le moindre bateau ni avion, la mer à perte de vue, les dauphins qui viennent nous saluer, les oiseaux qui tournent autour du bateau se demandant quel est cet intrus, les siestes sur le pont, tout ça pousse à réveiller un sentiment étrange, de vide, d'humilité, de beauté de la nature.
L'arrivée est excitante, déjà car la manche est la "zone" la plus fréquentée au monde, donc slalomer entre les cargo et les pécheurs, de nuit, faut pas se louper, car il faut jouer avec les marées (si tu prends la marée descendante, le courant est tel que tu peux reculer !!), de fouler le sol ferme au havre, et enfin, de s'exploser le bide avec une entrecote / frites au port
